Comment dépolluer  nos relations


 Source : http://www.psychologies.com/Bien-etre/Prevention/Hygiene-de-vie/Articles-et-Dossiers/Les-cles-d-une-vie-plus-saine/Comment-assainir-nos-relations 

EXTRAIT :

Je m’en veux encore de lui avoir laissé tout ce pouvoir sur moi ! » lâche Jules, 34 ans, avec une amertume qu’il n’arrive pas à dissimuler. « Lui », c’est Alex, l’un de ses « ex-meilleurs potes ». Ils ont tout partagé, dans l’insouciance et la générosité. Du moins, c’est ce que croyait Jules. Avec le temps, et grâce au regard de sa compagne, il s’est enfin vu tel qu’il était : le fidèle faire-valoir d’Alex. « Je ne me rendais pas compte qu’avec ses vannes il faisait tout pour briller sur mon dos. C’était Alex l’intello versus Jules le gentil sportif pas très futé. J’en avais même oublié que j’ai obtenu mon master de droit avec de meilleures notes que lui ! Le point final a été la naissance de mon fils, il m’a envoyé un vague SMS de félicitations, et c’est tout. Lui n’arrivait pas à avoir d’enfant… J’ai fini par comprendre que ce que je prenais pour de l’amitié n’était en réalité qu’une relation de pouvoir. »

Le pouvoir est, en effet, selon les psys, le vrai moteur de la relation toxique. Avoir de l’emprise sur l’autre, le manipuler pour satisfaire ses besoins narcissiques et affectifs, par la séduction, par l’émotion ou par la peur. Souvent en laminant au passage l’estime de soi. Avec notre consentement, ou tout au moins notre passivité, et c’est ce qui fait le plus mal finalement. « Pourquoi n’ai-je rien vu ? », telle est en effet la première question que l’on se pose, même si l’on se doute bien qu’il n’existe pas une réponse simple à une interrogation aussi complexe.

Pour la psychanalyse, les relations humaines sont guidées par le besoin et mues en grande partie par l’inconscient, ce qui explique que leur moteur profond nous échappe. « Au départ, toutes sont névrotiques : deux être se reconnaissent car ils devinent qu’ils vont trouver chez l’autre ce qu’ils recherchent pour apaiser leurs désirs, leurs manques, leurs peurs, avance Thierry Janssen, médecin spécialisé dans les liens psychocorporels. C’est ainsi que naît l’attachement. Il faudra du temps pour transformer ce lien névrotique en relation mature, respectueuse des intérêts et des limites de chacun. »

Si nous restons pris dans des relations toxiques, sans pouvoir les identifier comme telles, c’est parce que quelque chose en nous rejoue une partition du passé. « L’inconscient recherche ce qu’il connaît, il ne s’aventure pas en terrain inconnu, explique Isabel Korolitski, psychanalyste. Une première attache maltraitante non identifiée et non soignée en appelle d’autres. » La psychanalyste rappelle que ce n’est jamais par hasard que l’on noue des liens avec une personne qui va nous dominer, nous manipuler ou nous envahir.

Dans son livre Parents toxiques, la psychothérapeute américaine Susan Forward recense un certain nombre de parents au comportement « dysfonctionnel ». La manipulation, l’imprévisibilité, l’alcoolisme, les violences physiques et psychiques, l’immaturité, les parents trop parfaits… sont quelques-uns des poisons qui contaminent le psychisme de l’enfant, et qui conditionnent son fonctionnement relationnel et affectif futur.

« Elle comporte également une forte composante addictive, souligne le psychiatre François-Xavier Poudat, car si on n’était pas pris affectivement ou psychiquement dans ses filets, non seulement on romprait le lien, mais on n’y retournerait pas ! Comme tous les produits toxiques, elle fournit des gratifications. Du plaisir, une forme de sécurité, une certaine reconnaissance. »

Pour le psychothérapeute Thomas d’Ansembourg, les relations malsaines, quelles que soient leurs formes, occasionnent toujours in fine trois types de déperdition : « Déperdition de l’autonomie, de la vitalité et de la confiance en soi. » Si une relation saine se caractérise par une sensation de légèreté, de liberté, de confort ou de sécurité, la version toxique se distingue, selon Béatrice Millêtre, psychologue, par une forme d’envahissement et d’inconfort. Elle génère toujours du stress, que l’on en ait conscience ou pas.